L’incertain du sacré
« Seize juillet était plus qu’une date, c’était un cri uniforme pour recoudre le tissu social de tout un pays […] »
Ce qui reste souvent de ce qui a longtemps été norme est soit la nostalgie engendrée en son absence, soit une relique matérielle que l’on se tue à divulguer afin de faire songer à la chose ; terrible pensée touchant même au sacré ou à ce qu’on pense l’être.
Si la ville Bonheur, hier, était une forme d’exaltation populaire et religieuse qui embrasait la mi-année, aujourd’hui elle est aussi un lieu vidé de ses substances premières, qu’un souvenir qui déchire la mémoire, non par l’objet de ce qu’elle a été, mais par ce qu’elle est devenue en si peu de temps.
Hier, on s’invitait soi-même dans la ville, sous les arbres, sentait sa vibration authentique et unique, retournait sur ses pas avec un certain bagage spirituel ou une expérience vraie de l’âme haïtienne : c’est-à-dire renouer à la ligne invisible qui nous connecte à ce que l’on a perdu par mégarde, mais qui, même pas un instant, n’a cessé de nous appartenir. Jamais on ne perd son âme.
Seize juillet était plus qu’une date, c’était un cri uniforme pour recoudre le tissu social de tout un pays, de toute une panoplie de croyances. La chute d’eau, la chapelle, Mont-Carmel et ses pèlerins vêtus d’habits traditionnels, les rituels, le rythme des tambours et les vestiges de bougies, l’ensemble vivant du patrimoine ne sont plus capables de répondre à l’appel : la fibre optique de la sécurité manque.
Comme Mirebalais et tant d’autres avant elle, la ville de Saut-d’Eau est tombée entre les mains des gangs, et cette année, le seize juillet de la sainte Vierge n’aura pas lieu, comme probablement le vingt-cinq août pour un prénommé Saint-Louis.
Un lieu d’expression populaire est désormais privatisé par une bande d’hommes sans scrupule dictant leurs lois comme les deux pour cent de l’élite économique privatisent les ressources du pays et dictent leurs lois. Ce sont eux qui décident autant du calendrier de paix que de l’ouverture des routes, de qui doit fuir ou rester. Ce sont eux les chefs.
D’une certaine façon, le banditisme est une forme d’élitisme.
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