Discours de Jephte Estiverne, lauréat du Prix Amaranthe 2024
Lauréat du Prix Amaranthe 2024 dans la catégorie poésie pour son recueil « Qu’importe si nos rêves peinent à fleurir », Jephte Estiverne a livré un témoignage digne de foi et évoqué les défis personnels qui ont façonné sa démarche littéraire. Au cours de son discours, il a souligné le courage nécessaire pour faire de la littérature dans l’adversité et a rendu hommage à sa famille, à ses proches, à ses lecteurs et aux institutions littéraires qui l’ont soutenu, y compris le mouvement littéraire Renouveau.
« Comme le disait Laura Vazquez, depuis toujours je bougeais pour comprendre. Me voici ce matin, face à vous, partagé par diverses émotions.
Si vous vous attendiez à ce que je commence mes propos par un long tirade sur fond de fierté, vous serez bel et bien déçus. Fierté n’est pas le mot le plus approprié à la circonstance. Courage l’est. Amplement. Courage, parce qu’il m’en a fallu pour graver les lettres de « Qu’importe si nos rêves peinent à fleurir » alors que j’étais à mon troisième mois de retard de salaire et que mon ventre mimait toutes les guerres du monde.
À bout de souffle, j’ai rampé jusqu’à ma part de lumière. Une pierre au soleil, ça ose tout. Je vous l’assure. Pis est, l’art a cette grande manie de s’inviter dans la nuit la plus noire pour indiquer chemin d’aube. Il me fallait, pour ne plus rater la lumière, en devenir une moi-même.

Aujourd’hui, il ne s’agit peut-être pas de célébration de poèmes. Peut-être que je me réjouis en réponse au labeur de larmes. Aux gravures de sang invisible. Aux ombres. Il est question de survie. De quête de soi au milieu de tant d’autres qu’on prend pour soi. D’âme qui se régénère. D’homme qui naît chaque jour autre que lui-même.
Cela aurait pu n’être qu’illusion. J’ai simplement eu la bénédiction de rencontrer ceux qui ont ajouté de la bravoure à mon rien, de la force à mon vide, de l’engouement à mon désespoir. Une torche ne s’éteint pas quand elle nourrit une autre. En ce sens, il m’est impossible de me passer de ce mot magique : MERCI !
Merci ! J’en offrirai certainement…
À mon père et ma mère. Tant de kilomètres nous séparent. Eux de moi, eux d’eux-mêmes. Mais ce lien qui nous unit l’un à l’autre demeure infaillible,
À mes frères et ma sœur jamais à court d’énergie, leur support se renouvelle à chaque fois qu’il faut me venir en aide. Dois-je vraiment croire qu’on a les frères et sœurs qu’on mérite ?
À famille entière. Une présence inégalable. Des pions irremplaçables. Sans le savoir, vous m’avez offert des ailes. Si je vole c’est également pour vous,
À ma fleur qui n’a cure de défier le monde, ce qu’elle porte de courage sert pour deux,
À mon équipe (Dagobert, Abraham, Wednaud et Djouly). Intraitable. Infatigable depuis le début. Mes collaborateurs, les journalistes, mes amis, mes lecteurs et ceux qui le deviendront à partir de cette nouvelle proposition,
Aux ateliers Tambours du Soleil et Jeudi Soir qui se muent en guides sur cette longue route. À Renouveau, un vivier de poètes sculptant un avenir radieux,
À ceux qui, au moins une fois de leur existence, m’ont tendu la main sans attendre que je rende la pareille,
À ceux qui m’ont lu sans me connaître et qui sont désormais de ma famille,
À ceux qui y ont cru lorsque je n’avais qu’un manuscrit d’une quarantaine de pages reliées par des agrafes au fond d’une enveloppe jaune. Je pense à Smeev, Geordany, Joslin, Ray et Marco. Je leur dois ma participation à la 6e édition du Prix Amaranthe.

À Fred Brutus, directeur de la maison d’édition, DavosBeaudouin Bordenave, dont l’attention soutenue au cours de notre correspondance a conduit à la parution du recueil. Àtoute l’équipe de C3 Éditions pour cette initiative permettant de mettre en lumière des plumes valeureuses et porteuses.Chose sûre, par la pérennisation de cette distinction, beaucoup de rêves parviendront à fleurir. Même si, il faut l’avouer, ce n’est jamais un prix qui nous rend plus poète qu’on ne l’était avant,
À ceux qui patronnent le Prix Amaranthe, Dangélo Néard, Marie Antoinette Nader et Patrice Guillaume. Qu’il est noble de prêter main forte quand la cause s’avère juste. Et, certainement, la grandeur se mesure plus à ce qu’on laisse de soi qu’à ce qu’on enlève à l’autre.
Pour finir, je prêterai la voix des milliers de familles pillées, tuées, dépouillées de leurs biens dans un Carrefour-Feuilles à feu et à sang pour crier justice, justice, justice !
Merci. »
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