CHANSONNETTES 

Les chansonnettes, les vieux adages des lakou, la musique du samba, le rara… L’histoire des luttes populaires en Haïti nous a toujours mis en garde contre les dangers d’aujourd’hui. Marcher prudemment sur le 13 pour éviter le 14, disait-on. Aujourd’hui encore, nous sommes face aux dangers d’antan, ces bons vieux revenants qui ne ratent jamais l’occasion d’actualiser nos crises : la menace des gangs sur la commune de Kenscoff, l’une des dernières routes saines facilitant la circulation entre l’Ouest et le Grand Sud.

Que fait la Police Nationale d’Haïti ? Quelles mesures concrètes prennent les politiques, les « autorités » (le mot amuse presque) ? Seraient-ils tous impuissants ? Et nos fameux « scouts », ces cousins/cousines venus de si loin pour former la Mission Multinationale d’Appui à la Sécurité (MMAS), que font-ils sinon compter les heures et signer des rapports ? Les questions restent les mêmes, lassantes et parfois prévisibles. Elles constituent le lot quotidien des gens ordinaires, ceux qui doivent abandonner leur foyer pour fuir les balles, ceux qui meurent en tentant de sauver d’autres vies, ceux dont les visages s’effacent dans le flot incessant des actions inhumaines. Comme cette jeune mère impuissante, figée par l’horreur, qui a vu son nourrisson jeté vivant dans les flammes par des bandits. De cela, et de tant d’autres choses issues de l’abîme d’un gouvernement de facto, je cherche un chant noble. 

La musique du samba, les vieux adages des lakou, les danses, les meringues du carnaval… puisque, paraît-il, on invoque le mot « tradition » à tout bout de champ sans trop s’inquiéter du contexte, comme si le peuple était encore en situation d’offrande et non de survie. Un geste qui n’a rien de nouveau, reflet d’un malaise longtemps mijoté dans la classe défavorisée : l’annulation du carnaval à Fort-Liberté. Mais qu’en est-il chez nous, à Jacmel ? Allons-nous festoyer comme si la menace qui plane sur le Grand Sud était une fable ? Une chansonnette pour « poupées fragiles » ? En tant que simple citoyen qui parle depuis l’impuissance, je me pose la question. Comme tant d’autres. Pas ces autres qui font l’enfer des écoliers, faute de quoi, ils ne passeront pas le bac puisque ces derniers ont dû fuir leur quartier et établissement scolaire (ce n’est pas ça, l’école buissonnière) pour trouver un endroit sûr. Pas ces autres qui plaident pour une situation exceptionnelle, une manière de prétendre gérer l’ingérable. Cela fait plus d’une décennie qu’on n’arrête pas de gérer l’ingérable. Ne serait-il pas temps de trouver un nouveau paradigme pour le bien collectif ? 

Autant d’arguments, autant de jeux de rôles, tandis que la liste des morts continue de s’allonger sous le joug du malheur. En Haïti, les lois poussent comme des herbes sauvages, non pour garantir le « minimum vital » tant réclamé par le petit peuple, mais pour protéger, pour reprendre Gramsci, les « brebis hydrophobes » de la petite ou grande bourgeoisie.

Toujours les vieux adages des lakou, les danses populaires, la musique du samba, les chansonnettes… Tiens ! Chantons ensemble celle de Sardou (n’en déplaise aux autres, Sartre) : “Ohhh… attention les enfants, danger” 

Crédit photo : Louvensky Charlemagne ( CLZ)

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